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Chaque organisation connaît la dette technique. Elle apparaît dans les comités, dans les audits, dans les plans de transformation. On la mesure, on la documente, on la planifie. Elle a un nom rassurant, presque familier. On sait qu’elle existe. Mais la dette la plus lourde ne figure dans aucun reporting.

Elle ne se voit pas dans le code, elle ne se voit pas dans les infrastructures. Elle ne déclenche pas d’alerte rouge… elle s’installe lentement, à mesure que l’organisation grandit, décide, empile, contourne, accélère. Elle se loge dans la compréhension collective. C’est une dette cognitive. Au fil des années, les systèmes deviennent plus complexes. Les choix s’accumulent. Les exceptions se multiplient. Les architectures évoluent sans toujours être revisitées dans leur ensemble. Chacun maîtrise son périmètre, mais plus personne ne possède la vision complète. Les décisions se prennent avec des fragments d’information. Les arbitrages se font sur des représentations partielles.

Rien ne s’effondre, mais tout ralentit : les réunions durent plus longtemps. Les projets demandent davantage de cadrage. Les équipes hésitent plus qu’avant. On vérifie deux fois. On revalide des hypothèses déjà traitées. On contourne plutôt que de simplifier. La complexité devient le paysage naturel, ele est acceptée comme un fait.

Cette dette-là ne se rembourse pas avec un refactoring. Elle ne disparaît pas avec un nouvel outil. Elle tient dans la capacité d’une organisation à comprendre son propre fonctionnement. À nommer ses dépendances. À revisiter ses choix. À réduire les zones grises. Un bon DSI apprend à la détecter tôt. Il écoute les signaux faibles. Les phrases qui commencent par “historiquement…”. Les processus que plus personne ne questionne. Les architectures que l’on hésite à dessiner parce qu’elles sont devenues illisibles. Les projets qui démarrent toujours par une phase d’exploration plus longue que prévu.

Il comprend que le problème n’est pas la technologie. Le problème est l’épaisseur accumulée. Nettoyer cette dette demande du courage. Cela implique de simplifier là où l’on s’était habitué à contourner., de trancher des sujets laissés ouverts trop longtemps, de remettre à plat des référentiels. De fermer des portes devenues inutiles. Ce travail est peu spectaculaire. Il ne produit pas d’annonce brillante. Il crée de la clarté… et la clarté accélère.

Une organisation qui comprend son architecture décide plus vite. Une équipe qui voit ses dépendances travaille avec plus d’assurance. Un système qui respire mieux absorbe l’innovation sans se fragiliser. Réduire la dette invisible est un acte stratégique : la performance d’une organisation ne dépend pas uniquement de ses outils. Elle dépend de sa capacité à comprendre ce qu’elle a construit.

Et cette compréhension ne s’achète pas, elle se cultive.

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