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Les premières tensions autour de la donnée apparaissent toujours quand on pense que tout est en ordre. Les projets sont lancés, les priorités sont à peu près lisibles, les équipes ont retrouvé leur souffle… et c’est précisément dans ces moments de stabilité apparente que les petits décalages remontent à la surface. Une définition qui varie d’un service à l’autre. Une extraction “temporaire” qui devient l’outil principal. Un indicateur dont on ne sait plus très bien qui l’a validé. Rien de grave en apparence. Juste ces micro-écarts qui, laissés sans conversation, finissent par déformer la réalité qu’on croit analyser.

Dans une organisation complexe, la donnée ne souffre pas de la technologie. Elle souffre du silence. De ces discussions qu’on repousse. De ces nuances qu’on évite. De ces divergences qu’on laisse vivre tant que personne ne les questionne. La donnée devient alors un langage morcelé : chacun prononce les mêmes mots, mais personne ne raconte exactement la même histoire.

On croit souvent que les difficultés viennent des outils. Elles viennent surtout des relations. Il suffit de s’asseoir avec une équipe métier pour comprendre comment elle construit “son” chiffre et constater que l’outil n’est que le dernier maillon. La différence se joue dans l’interprétation, dans la manière de voir une activité, dans les critères implicites que personne n’a vraiment alignés.

Très vite, il faut retourner sur le terrain. Observer les usages réels, pas ceux décrits dans les comités. Comprendre les chemins détournés, les fichiers conservés “au cas où”, les définitions héritées de projets révolus. Ce n’est jamais un dysfonctionnement intentionnel. C’est simplement ce que devient une donnée quand personne ne la questionne vraiment.

La donnée ne gagne en fiabilité que lorsqu’elle circule. Lorsqu’elle est discutée, exposée, mise en perspective. Une donnée qui stagne adopte la forme de la personne qui la conserve. Une donnée qui circule adopte la forme de l’organisation qui en dépend.

À la DSI, on lit facilement ces mouvements. Une donnée fluide reflète une confiance. Une donnée bloquée révèle un désalignement. Les plateformes ne règlent pas ces tensions ; elles se contentent de les rendre visibles.

La qualité ne se décrète pas. C’est un réflexe collectif. Une attention partagée aux détails, sans obsession. Une curiosité sincère pour ce que les chiffres montrent, pas seulement pour ce qu’ils confirment. La donnée n’aime pas les silences. Elle préfère la clarté, même incomplète.

Le reste dépend de ce qu’on décide d’en faire.

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